Gérard Dominati : de la relation à soi à la relation d’affaires

VU autrement

Vous le rencontrerez dans de nombreuses plateformes de réseautage. Gérard rayonne par son optimisme et son entregent. Nous avons voulu en savoir plus sur sa vision du business, en nous attardant sur ses aspects interculturels et relationnels.

GerardETREVU (EV): Né à Sfax, vous avez passé votre enfance en Tunisie. Quels aspects culturels vous ont accompagné durant votre parcours jusqu’à ce jour ?

Gérard Dominati (GD): A vrai dire, ces aspects culturels ont plutôt compliqué mon intégration ultérieure en France. Le contexte de la religion islamique a induit notamment une relation homme-femme totalement différente de celle vécue en Europe.

J’ai vécu là-bas en mode communautaire: « les Français en Tunisie ». A l’époque, deux groupes d’expatriés se trouvaient sur place : les enseignants, dont faisaient partie mes parents, et les travailleurs de plateformes pétrolières. Les premiers détenaient des contrats plus longs, demandant aux familles davantage d’adaptation.

Comme cette communauté a grandi ensemble, ma relation avec les enfants locaux de mon âge était de nature quasi familiale. A l’adolescence, ma construction sur le plan affectif s’est révélée problématique. Les comportements décalés d’adolescents arrivés de France, qui avaient évolué dans un tout autre contexte culturel, normal pour eux, soulignaient le clivage présent au quotidien. Difficile de transférer les concepts occidentaux dans la communauté dont je faisais partie. Il a été laborieux de trouver ma vraie place, entre mon pays d’origine et celui où j’avais toujours vécu.

Choisir de faire mes études en France à l’âge de 17 ans pour un bac technique fut un échappatoire. Je me suis créé une vie parallèle, dissociée de la vie intérieure construite durant mon enfance. La violence des propos tenus entre adolescents était très difficile à gérer pour moi. N’y adhérant pas, j’ai vécu seul dans mon coin, en internat pendant 3 ans.

Discret, j’ai été contacté par la direction scolaire et j’ai cumulé les mandats, tels que délégué de classe etc. Le week-end, nous formions un groupe de 7 à 10 étudiants ne pouvant rentrer chez nous. Ensemble, nous avons repeint tout le foyer scolaire en débauchant d’autres volontaires! Cette stratégie de survie m’a permis de me détacher de la vie sociale à la mode française.

 

EV: Quelles forces cette expérience forte vous a-t-elle apporté pour votre vie actuelle?

GD: La puissance de dissociation. Lorsque je ne suis pas en adéquation avec un contexte, je suis capable de me protéger.

« J’ai développé la capacité à m’isoler, à me créer un monde. »

Avec les Tunisiens demeure une véritable notion de l’amitié. Les relations que j’ai liées là-bas sont incomparables à toute expérience faite depuis, car il n’y a aucune notion d’intérêt. On parle de confiance, de partage et d’hospitalité, au-delà de toute norme occidentale.

 

EV: Dans le contexte professionnel, vous avez une vision très personnelle de la concurrence. Voulez-vous nous en dire davantage ?

GD: La concurrence, c’est d’abord une autre façon de faire ce que je fais. Pour moi, c’est une opportunité d’observer les points forts de l’autre (que je n’ai pas), mis en œuvre dans le même objectif.

« Il y a forcément une manière de transformer la concurrence en partenariat ! »

Lorsqu’on se complète, on ne s’affronte pas. Cette complémentarité débouche sur un service commun plus puissant et de qualité supérieure pour le client.

Dans la manière de collaborer, il y a une intelligence à avoir, car c’est avant tout l’humain qui fait le travail. Ainsi, une société est à l’image des personnes qui y travaillent (et pas uniquement ses dirigeants, ndlr).

Parfois, une approche directe peut, à prime abord, ne pas convenir à un concurrent, lui faire peur. Mais le dialogue permet d’approfondir ces zones de résistance et aboutit souvent sur des rendez-vous individuels.

 

EV: Vous avez étudié la programmation neurolinguistique, une méthode parfois controversée, taxée de manipulatrice. En quoi ses outils ont-ils changé les choses pour vous dans votre activité professionnelle ?

GD: Le 1er bienfait, à titre personnel, est d’avoir pu « démonter » toute ma vie. Découvrir qui je suis, pourquoi je pense comme je pense, pourquoi je fais ce que je fais et pourquoi durant des années, l’image que j’avais de moi ne cadrait pas avec celle que les autres se faisaient de moi.

A travers cet apprentissage et l’utilisation des outils, j’ai décodé les événements traumatiques de ma vie pour changer leur impact sur qui je suis devenu aujourd’hui. Assainir ma partie personnelle m’a aidé a modifier certaines réactions, cela a adouci ma perception des autres. Apprendre à se connaître est un processus continu. Bien sûr, on n’est pas à l’abri d’un élément perturbateur dans certains contextes. Le tout est de ne jamais être persuadé d’avoir traité tous les aspects.

Cela m’a aussi appris le non jugement des pensées et des manières de faire des autres, sachant qu’il y a une raison à toute action. Le questionnement aide à confronter la personne avec ses pensées.

« Certaines cultures sont difficiles à cerner et les croyances émanant des conditionnements sont parfois surprenantes. »

De manière générale, j’ai vu le regard des gens changer radicalement, je les ai vus venir vers moi, je pense qu’ils ont perçu cette nouvelle sérénité. Aujourd’hui, je ressens un réel alignement entre la perception que les autres ont de moi et qui je sens que je suis vraiment.

 

EV: La notion d' »écosystème » est un thème phare dans vos interventions, souhaitez-vous développer ?

GD: Pour moi, il est né sur le principe de base de mon collaborateur de ne pas mettre sur le marché une énième société de services informatiques. Le marché est saturé d’organisations qui font déjà tout cela. Il y a un panel énorme de fournisseurs. Ce que nous faisons chez ISLE, c’est d’amener un plus dans la gestion du projet. Nous avons une stratégie top down:

« Nous allons voir de quoi le business a besoin pour mener à bien sa mission. »

En partant de l’existant comme base de travail, nous allons voir différents fournisseurs, IT et d’autres domaines, des indépendants qui ont des compétences spécifiques. Notre réseau est une sorte de bourse aux compétences où on puise la compétence nécessaire à réaliser les objectifs du client final. Le client a donc en face de lui une plateforme, pas seulement un fournisseur. Elle est évolutive et permet de jouer sur les ingrédients nécessaires pour satisfaire la demande du marché.

Gérard Dominati met naturellement en exergue l’un des leviers les plus déterminants du marketing : le réseau. Nul besoin d’être un grand philosophe pour comprendre les enjeux des relations humaines et de leur authenticité et les promouvoir pour réussir en affaires. Human is key.